’approche du congrès électif de la Fédération guinéenne de football (Féguifoot), prévu le 27 octobre 2026 à Conakry, la bataille pour le contrôle de l’instance dirigeante s’annonce particulièrement disputée. Le scrutin doit permettre d’élire, pour un mandat de quatre ans, le président, les vice-présidents et les membres du Comité exécutif. La Fédération assure que le processus sera conduit dans le respect de ses statuts, de son Code électoral et sous la supervision de sa Commission électorale.
Mais au-delà des candidatures, des alliances et des déclarations de soutien, une question mérite d’être posée avec insistance : quelle valeur faut-il accorder à une voix obtenue sous l’influence de l’argent, des promesses ou des avantages personnels ?
Dans une élection, convaincre devrait être plus important que séduire financièrement. Un candidat devrait gagner l’adhésion des électeurs par son projet, sa crédibilité, son bilan, son intégrité et sa capacité à proposer une véritable vision pour le football guinéen. Lorsque l’argent devient le principal argument électoral, le débat sur le programme risque de disparaître derrière celui des moyens financiers.
Acheter une voix ne signifie pas acheter une conviction
Une voix obtenue par intérêt matériel peut être donnée aujourd’hui et disparaître demain. L’électeur qui soutient un candidat parce qu’il espère en tirer un avantage personnel n’est pas nécessairement convaincu par son projet.
C’est toute la différence entre une voix achetée et une voix conquise.
La première repose sur une relation de circonstance. La seconde repose sur la confiance.
Et c’est précisément cette confiance qui devrait constituer le véritable capital politique du futur président de la Féguifoot.
Car une fois l’élection terminée, les chèques, les cadeaux, les promesses et les arrangements éventuels ne suffiront plus à gouverner une institution aussi complexe. Il faudra gérer les clubs, les compétitions, les équipes nationales, les finances, les infrastructures, les relations avec les partenaires et les institutions internationales.
Autrement dit, on peut éventuellement acheter un bulletin, mais on ne peut pas acheter durablement la légitimité.
Le véritable test commencera après le scrutin
Le futur président de la Féguifoot ne sera pas jugé uniquement sur le nombre de voix obtenues le jour du congrès. Il sera surtout jugé sur sa capacité à transformer cette victoire électorale en résultats concrets.
C’est là que se trouve le véritable danger pour tout candidat qui investirait massivement dans la conquête du pouvoir : plus le coût de l’élection est élevé, plus la tentation de récupérer cet investissement peut devenir forte une fois aux commandes.
Une telle logique serait dangereuse pour le football guinéen.
La Féguifoot n’est pas une entreprise personnelle. Elle appartient à l’ensemble du football guinéen. Le fauteuil présidentiel ne devrait donc pas être considéré comme un patrimoine à rentabiliser, mais comme une responsabilité à assumer.
Le congrès doit être celui des projets, pas celui des portefeuilles
Les membres de l’Assemblée générale auront donc une responsabilité historique. Leur choix ne devrait pas être dicté uniquement par les avantages immédiats qu’un candidat peut leur proposer, mais par la réponse à une question fondamentale : qui est réellement capable de redonner de la stabilité, de la crédibilité et de l’efficacité au football guinéen ?
Le contexte actuel rend cette exigence encore plus importante. La convocation du congrès intervient après une période de turbulences institutionnelles ayant conduit à la vacance de plus de la moitié des postes du Comité exécutif. La Fédération présente d’ailleurs ce scrutin comme une étape majeure du renouvellement de ses instances et de la consolidation de sa gouvernance.
Le moment est donc venu de dépasser les querelles de personnes et les calculs de circonstance.
Les candidats doivent être jugés sur leurs projets. Les électeurs sur leur capacité à défendre l’intérêt général. Et le futur président sur les résultats qu’il produira.
Une victoire électorale ne garantit pas une victoire institutionnelle
Gagner une élection est une chose. Gouverner efficacement en est une autre.
Un candidat peut réunir une majorité de voix et pourtant rencontrer, dès les premiers jours de son mandat, des résistances, des frustrations et des revendications de la part de ceux qui l’auront soutenu.
Pourquoi ?
Parce qu’une relation fondée principalement sur l’intérêt peut rapidement devenir une relation de dette.
Celui qui pense avoir acheté une voix peut découvrir qu’il n’a pas acheté une fidélité.
La véritable victoire sera donc celle du candidat capable de fédérer autour d’une vision commune, et non celle de celui qui aura simplement réussi à réunir le plus grand nombre de soutiens de circonstance.
Le football guinéen mérite mieux qu’une bataille de moyens financiers. Il mérite un débat de fond sur son avenir.
Le 27 octobre prochain, les membres statutaires auront entre leurs mains bien plus qu’un simple bulletin de vote. Ils auront l’occasion de choisir une méthode de gouvernance, une vision et une conception du pouvoir fédéral.
Et une chose devrait rester constante : une voix achetée n’est jamais une voix véritablement acquise. Une voix convaincue, elle, peut devenir le début d’une véritable légitimité.
Édito / Marif Youla  ( journaliste Sportif)