À l’approche du congrès électif de la Fédération Guinéenne de Football (FEGUIFOOT), l’idée d’une liste consensuelle est de plus en plus évoquée comme une solution pour éviter une confrontation entre les différents candidats et favoriser une unité autour d’une seule équipe.
Sur le papier, cette démarche peut sembler séduisante. Mais derrière cette volonté affichée de rassemblement se pose une question fondamentale : une liste consensuelle permettra-t-elle réellement au futur président de disposer d’une autorité suffisamment forte pour diriger la Fédération en toute indépendance ?
Le risque d’un président « redevable »
Le principal danger d’une liste consensuelle pourrait résider dans la relation de dépendance qu’elle risque de créer entre le futur président et ceux qui auront contribué à son accession au pouvoir.
Si plusieurs candidats, groupes ou membres statutaires décident de s’unir pour porter une seule personne à la présidence, certains pourraient être tentés, demain, de revendiquer leur part dans cette victoire.
Et c’est précisément à ce moment que pourraient apparaître des phrases comme : « C’est moi qui t’ai porté président », ou encore « C’est nous qui t’avons fait président ».
Une telle logique pourrait considérablement fragiliser l’autorité du président élu.
Car un président de fédération doit pouvoir prendre les grandes décisions qui s’imposent, même lorsqu’elles ne font pas l’unanimité au sein de son entourage politique ou électoral. Il doit pouvoir agir en fonction de l’intérêt général du football guinéen, sans être prisonnier des conditions dans lesquelles il a été élu.
Que chaque candidat se cherche et que les urnes décident
Le congrès électif devrait avant tout être l’occasion de confronter les projets, les programmes et les visions pour l’avenir du football guinéen.
Que chaque candidat se cherche, présente son programme et défende sa vision.
Que les membres statutaires exercent ensuite librement leur choix dans les urnes.
Le candidat qui obtiendra la majorité disposera ainsi d’une légitimité claire. Il pourra ensuite constituer son équipe autour de personnes capables de l’accompagner dans la mise en œuvre de son projet, sur la base des compétences et d’une vision commune.
Cette légitimité électorale serait beaucoup plus solide qu’une victoire obtenue au terme d’un compromis entre plusieurs camps.
Le football guinéen a besoin d’un président libre dans ses décisions
La FEGUIFOOT a besoin d’une direction capable de prendre des décisions importantes sans être constamment confrontée aux revendications de ceux qui auraient participé à son élection.
Un président doit pouvoir dire oui ou non, décider et assumer ses choix.
Il doit pouvoir engager des réformes, effectuer des changements et défendre l’intérêt supérieur du football guinéen sans avoir à subir la pression de ceux qui pourraient lui rappeler leur contribution à sa victoire.
Le consensus peut être utile pour rapprocher les acteurs et apaiser les tensions. Mais il devient problématique lorsqu’il se transforme en mécanisme de partage du pouvoir avant même que les urnes ne se soient prononcées.
Ne pas préparer les prochaines crises
Le véritable risque serait de reproduire, à travers une liste consensuelle, les mêmes mécanismes qui peuvent conduire aux frustrations et aux divisions.
Car un compromis électoral peut fonctionner tant que les intérêts restent convergents. Mais dès que des divergences apparaissent sur la gestion de la Fédération, chacun peut commencer à rappeler son rôle dans l’élection du président.
C’est alors que pourraient surgir les revendications, les accusations et les rapports de force.
Un président élu mais dépendant de plusieurs groupes, une équipe dirigeante composée de sensibilités différentes et des acteurs considérant qu’ils disposent d’un droit particulier sur les décisions de la Fédération : voilà les ingrédients d’une nouvelle crise.
Le futur président doit être celui de toute la FEGUIFOOT
Le prochain congrès électif doit donc être l’occasion de privilégier une véritable légitimité démocratique.
Chaque candidat doit pouvoir présenter son projet. Chaque membre statutaire doit pouvoir faire son choix. Et le verdict des urnes doit être respecté par tous.
Une fois l’élection terminée, il ne devrait plus être question de savoir qui a porté qui, qui a négocié avec qui ou qui a permis à tel candidat d’accéder à la présidence.
Le futur président doit pouvoir exercer son mandat avec une autorité pleine et entière, dans le respect des textes et de l’intérêt supérieur du football guinéen.
La FEGUIFOOT n’a pas besoin d’un président de clan, ni d’un président de compromis permanent. Elle a besoin d’un président fort par sa légitimité électorale, libre dans ses décisions et responsable devant l’ensemble des acteurs du football guinéen.
Pour éviter de nouvelles crises demain, mieux vaut laisser les urnes décider aujourd’hui.
Par Marif Youla



