ÉDITORIAL — À l’heure où se profile le prochain congrès électif de la Fédération Guinéenne de Football (Féguifoot), une question fondamentale mérite d’être posée : faut-il aller directement aux urnes ou prendre d’abord le temps de revoir et de toiletter les statuts qui régissent l’institution ?
La question n’est pas anodine. Elle touche directement à l’avenir de la gouvernance du football guinéen.
Depuis plusieurs années, la Féguifoot est régulièrement confrontée à des crises institutionnelles, des contestations, des interprétations divergentes des textes et des désaccords sur le fonctionnement de ses organes. Ces épisodes devraient aujourd’hui servir de leçon et pousser l’ensemble des acteurs à s’interroger sur la solidité du cadre statutaire.
Le prochain congrès électif ne doit donc pas être considéré comme une simple échéance électorale. Il doit être l’occasion de poser les bases d’une nouvelle gouvernance, plus stable, plus claire et surtout mieux encadrée par des textes adaptés aux réalités du football guinéen.
Les membres statutaires face à leur responsabilité
Les membres statutaires appelés à participer au prochain congrès ont une responsabilité particulière. Ils ne seront pas seulement appelés à choisir un président et un comité exécutif. Ils auront également la responsabilité de préserver l’avenir de la Féguifoot.
Avant de se précipiter vers les urnes, ils doivent se poser une question simple : les statuts actuels permettent-ils réellement d’éviter les crises que le football guinéen a connues ces dernières années ?
Si la réponse est non, alors il serait difficilement compréhensible de vouloir organiser une nouvelle élection sans procéder au préalable à un véritable toilettage des textes.
Il ne s’agit pas de remettre en cause le principe d’une élection. Encore moins de chercher à empêcher le renouvellement des instances dirigeantes. Il s’agit de faire preuve de responsabilité en corrigeant d’abord les insuffisances qui pourraient, demain, devenir de nouvelles sources de conflits.
Éviter de reproduire les erreurs du passé
Une élection peut changer les dirigeants. Elle ne change pas automatiquement les règles qui encadrent leur fonctionnement.
Si les mêmes dispositions statutaires demeurent, si certaines zones d’ombre persistent et si les responsabilités des différents organes ne sont pas suffisamment clarifiées, le risque est grand de voir les mêmes difficultés réapparaître sous une autre forme.
Changer les hommes sans corriger les règles pourrait donc ne produire qu’un changement de visage, sans véritable changement de système.
Le football guinéen a déjà payé un lourd tribut aux crises institutionnelles. Il serait regrettable de reproduire les mêmes schémas alors que l’expérience récente devrait permettre d’en tirer des enseignements.
Un toilettage nécessaire des statuts
Le toilettage des statuts devrait permettre de clarifier les dispositions susceptibles de donner lieu à des interprétations contradictoires, de préciser les attributions des différents organes et de mieux encadrer les mécanismes de prise de décision.
Il devrait également permettre de renforcer les garanties de transparence, de stabilité et de bonne gouvernance au sein de la Féguifoot.
L’objectif n’est pas de confectionner des statuts au bénéfice d’un candidat ou d’un groupe. Les règles doivent être pensées pour l’institution et non pour les individus.
C’est précisément pour cette raison que le débat doit être ouvert, inclusif et responsable. Toutes les parties prenantes doivent pouvoir contribuer à l’amélioration du cadre juridique et institutionnel de la fédération.
L’élection ne doit pas être une fin en soi
Le prochain congrès électif doit être l’occasion de tourner une page, mais pas simplement en changeant les dirigeants.
La véritable rupture consisterait à mettre en place un cadre statutaire suffisamment solide pour permettre au futur comité exécutif de travailler dans la sérénité et d’éviter que chaque désaccord ne se transforme en crise institutionnelle.
L’enjeu n’est donc pas seulement de savoir qui sera élu. L’enjeu est aussi de savoir dans quelles conditions cette personne et son équipe exerceront leur mandat.
Aux membres statutaires de mesurer la portée de leur responsabilité.
Ils doivent résister à toute précipitation et privilégier l’intérêt supérieur du football guinéen. Car une élection organisée dans la précipitation, sans réflexion préalable sur les textes, pourrait certes désigner de nouveaux dirigeants, mais ne garantirait nullement la stabilité de la Féguifoot.
Le temps de la responsabilité
La Guinée a aujourd’hui besoin d’une fédération forte, stable, crédible et respectée. Pour y parvenir, il faut certes des dirigeants compétents et légitimes, mais il faut également des règles claires, acceptées par tous et suffisamment robustes pour résister aux crises.
Le prochain congrès électif doit donc être préparé avec méthode et responsabilité.
Avant de demander aux membres statutaires de choisir les prochains dirigeants de la Féguifoot, il faut leur donner l’occasion de réfléchir au cadre dans lequel ces dirigeants exerceront leur mandat.
Réformer les statuts n’est pas une manière de retarder l’élection. C’est, au contraire, une façon de garantir que cette élection puisse déboucher sur une gouvernance durable.
Le football guinéen ne peut plus se permettre de recommencer éternellement le même scénario.
Car si les mêmes causes sont maintenues, les mêmes effets risquent de se reproduire.
Cette fois, faisons le choix de tirer les leçons du passé : toileter les statuts, clarifier les règles, sécuriser la gouvernance et ensuite aller aux urnes.
Le véritable enjeu du prochain congrès n’est donc pas seulement de changer les dirigeants. Il est de construire une fédération Guinéenne de Football (Féguifoot ) capable de survivre aux hommes qui la dirigent.