À l’approche du congrès électif de la Fédération Guinéenne de Football (FEGUIFOOT), la bataille pour le fauteuil présidentiel s’intensifie. Mais derrière les soutiens, les alliances et les stratégies électorales, une question essentielle demeure : quel prix le football guinéen est-il prêt à payer pour une élection ?
Dans toute compétition électorale, l’argent peut être un moyen de campagne. Mais lorsqu’il devient un instrument destiné à influencer les consciences et à obtenir des voix, le scrutin perd une partie de sa valeur démocratique.
  • Une voix achetée n’est jamais une voix véritablement acquise.
Celui qui gagnerait une élection en s’appuyant principalement sur des avantages financiers pourrait croire avoir acheté une majorité. Pourtant, une fois les portes du pouvoir franchies, la réalité peut être tout autre.
Les membres statutaires qui auraient accepté un avantage en échange de leur soutien ne deviennent pas nécessairement des alliés permanents. Ils peuvent changer de position, réclamer de nouvelles contreparties ou, au contraire, être écartés une fois l’élection terminée.
C’est ainsi que les alliances construites autour de l’argent peuvent rapidement devenir des sources de frustration et de conflits.
Le billet de banque peut contribuer à gagner une élection. Il ne peut pas acheter la paix d’un mandat.
Le futur président de la FEGUIFOOT devra en effet gouverner avec des hommes et des femmes qui auront leurs propres attentes, mais surtout avec une institution qui doit rendre des comptes à l’ensemble du football guinéen.
Après le scrutin, les membres statutaires ne jugeront plus les candidats sur leurs promesses électorales, mais sur leurs résultats. Les clubs attendront des compétitions mieux organisées. Les jeunes réclameront davantage de formation.
Les équipes nationales auront besoin de performances. Les entraîneurs et les arbitres espéreront de meilleures conditions. Et les supporters voudront enfin voir le football guinéen avancer.
Face à ces exigences, aucune enveloppe financière ne pourra remplacer un véritable projet sportif.
Voilà pourquoi le congrès électif doit être l’occasion de privilégier le fond sur la forme, le projet sur l’argent, la compétence sur le clanisme et les résultats sur les promesses.
Pour les candidats ayant déjà exercé des responsabilités, le bilan devrait également peser lourd dans le choix. Qu’ont-ils fait lorsqu’ils avaient les moyens d’agir ? Quels résultats ont-ils obtenus ? Quelles erreurs reconnaissent-ils ? Et quelles solutions proposent-ils aujourd’hui
Ce sont ces questions qui devraient guider le vote.
Car la FEGUIFOOT ne cherche pas seulement un homme pour occuper un fauteuil. Elle cherche un dirigeant capable de porter une vision, de rassembler les acteurs et de conduire une institution sortie depuis trop longtemps des crises et des divisions.
Le prochain président aura besoin d’une forte légitimité pour mener les réformes nécessaires. Cette légitimité ne peut pas reposer uniquement sur le nombre de soutiens affichés avant le scrutin. Elle doit venir d’un vote libre, réfléchi et fondé sur l’intérêt supérieur du football.
Aux membres statutaires de faire le choix historique.
Ils peuvent choisir un candidat parce qu’il leur a présenté le meilleur projet. Ils peuvent choisir celui dont le bilan inspire confiance.
Ils peuvent choisir celui dont la vision leur paraît la plus crédible.
Mais si le vote devient une marchandise, c’est toute l’institution qui risque d’en payer le prix.
Car une fois les billets dépensés et les promesses oubliées, il restera une seule chose : le bilan du mandat.
Et si le pouvoir a été obtenu par l’argent plutôt que par la conviction, le futur président pourrait découvrir, au fil du temps, que ceux qui l’ont aidé à entrer par la grande porte électorale peuvent aussi contribuer à le pousser vers la sortie.
À la FEGUIFOOT, le fauteuil peut être gagné avec de l’argent. Mais pour y rester dignement, il faudra surtout des résultats.
 Par Marif Youla ( journaliste Sportif)